[Interview] Elliott Murphy

Cela fait un bon moment que je dois poster cette interview d’Elliott Murphy mais le temps est passé et comme une vilaine, j’ai gardé ses réponses pleines de pépites rien que pour moi. Le début de la rencontre est difficile à retranscrire car nous avons discuté de façon informelle de nos idoles respectives. Moi de Rickie Lee Jones, lui de Nick Lowe, Dylan et Lou Reed. J’ai donc commencé à retranscrire l’interview à compter de ma vraie première question.

La voici avec beaucoup de retard !

J’espère que vous y découvrirez (comme ce fut mon cas) un homme passionnant et charmant qui, après avoir trouvé son équilibre, poursuit désormais sa carrière au rythme de ses envies.

Une très jolie rencontre !

 

Elliott_&_Me_Bannière

 

Sur le nouvel album, It Takes a Worried Man, tu as choisi un titre sombre malgré des chansons plutôt énergiques et pleines d’espoir.

Il y a effectivement beaucoup de chansons remplies d’espoir. Je choisis d’ouvrir sur cet ancien air folk “It Takes A Worried Man” qui raconte l’histoire horrible d’un homme qui s’endort près d’une rivière. Et quand il se réveille, la police l’arrête, le met en prison. Pourtant, il est innocent. Mais la mélodie de cette chanson est très joyeuse en effet. On retrouve un peu cette dualité sur tout l’album en effet. J’étais très heureux de faire cet album car c’est mon fils Gaspard qui l’a produit. Nous avons beaucoup travaillé ensemble et j’ai trouvé ça fantastique. Je pense que ces chansons sont le reflet de ce qui se passe dans ma vie aujourd’hui. Je suis à un point de ma carrière où je peux vraiment faire ce dont j’ai envie. Je n’ai plus rien à prouver à personne. Certaines chansons de cet album sont très personnelles.

 

En écoutant les paroles de “I’m an Empty Man”, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la chanson de David Bowie quand tu chantes “Ashes to Ashes, Dust to Dust”. C’est voulu ?

Toutes ces influences musicales flottent dans l’air. Parfois, on écrit une chanson et on se rend compte d’un coup que “Tiens, Bob Dylan a déjà écrit ça” ou “Tom Waits a chanté une phrase comme celle-ci”. Je n’avais jamais associé cette expression à David Bowie mais je suis un grand fan donc ça doit probablement venir de là.

Pour “Dust to Dust”, cela me fait davantage penser à la chanson “Devils & Dust” de Bruce Springsteen.

 

D’ailleurs, on retrouve Patti Scialfa, la femme de Bruce dans cette chanson. 

Oui, ce fut un honneur de l’avoir dans les chœurs pour cette chanson. Cela a failli ne pas se faire. Je lui avais envoyé la chanson. Elle l’avait adoré et avait accepté de participer et on devait travailler dessus. Et l’ouragan Sandy est arrivé et a fait de très gros dégâts dans le New Jersey. Patti s’est beaucoup investie pour aider les gens qui avaient été touchés par la tempête. On a décalé de nombreuses fois le projet et au final, il ne nous restait plus que deux jours avant de masteriser de l’album. Elle a eu la gentillesse de faire sa partie le dernier jour donc j’étais très heureux.

 

Avec quel membre du E-Street Band se fera ta prochaine collaboration ? Little Steven ? Nils Lofgren ? J’ai vu une photo géniale de Nils et toi sur Twitter. 

Nils est super ! C’est un grand guitariste, un grand auteur-compositeur. J’aimerais beaucoup faire quelque chose avec lui. Et l’énergie de Little Steven !! Bonne idée, je note !

 

Tu travailles depuis de nombreuses années avec Olivier Durand. C’est vraiment ton complice artistique à la manière d’un Mick Jagger avec Keith Richard, d’un Steven Tyler avec Joe Perry. Mais s’ils sont respectivement les Glam’ Twins et les Toxic Twins, quel genre de jumeaux êtes-vous Olivier et toi ? 

Nous sommes les Franco-American Twins, the Franglais Twins ! (rires)

 

Elliott Murphy & Olivier Durand par Christian Taillemite

Elliott Murphy & Olivier Durand par Christian Taillemite

 

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ? 

Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire du journaliste Jérôme Soligny qui vit au Havre. Je connaissais Jérôme depuis des années. J’avais produit son premier album solo. Il écrit pour Rock & Folk et a édité de nombreux livres sur le Rock ‘n’ Roll. J’avais besoin d’un guitariste et j’ai demandé à Jérôme s’il connaissait quelqu’un. Il m’a recommandé et présenté Olivier dans mon appartement, rue Beauregard. Il était timide. Il a dû dire deux mots en tout. Je jouais un set à Montpellier et Olivier a proposé de m’accompagner. Cela s’est très bien passé.

 

Et avec les Normandy All Stars ? 

Avec le groupe, c’est venu plus tard. Je travaille avec Olivier depuis près de 18 ans mais cela fait “seulement” 8 ans que je joue avec les Normandy All Stars. On a commencé à jouer ensemble grâce à Olivier car à l’époque, mon batteur et mon bassiste étaient américains. Ils sont tous les deux rentrés vivre aux Etats-Unis. J’avais besoin d’un groupe et Olivier m’a proposé son groupe.

 

Le fait que le groupe et toi, vous ayez des cultures différentes, qu’est-ce que vous apporte ?

On a la même culture musicale, c’est ce qui est important. Olivier et les gars écoutent de très nombreux artistes américains. Alan Fatras, le batteur, vient du groupe The Scamps. On avait joué ensemble à un festival. Et Laurent Pardo, le bassiste, jouait auparavant avec Kid Pharaon. On avait aussi joué ensemble donc c’est une grande famille.

 

Que ce soit des chansons, des nouvelles ou un roman, tu as toujours besoin d’écrire. Comment te vient l’inspiration ? 

Le problème n’est pas de trouver l’inspiration pour écrire mais de trouver le temps pour écrire. (rires) En ce moment, je réécris ma nouvelle “Poetic Justice”. On va sortir une nouvelle traduction en espagnol et je me suis dit que c’était un bon moment pour retravailler le texte. Je fais toujours des aller-retours entre mes différents projets. Quand j’écris une nouvelle, j’écris moins de chansons et inversement. Le mois dernier, à l’inverse, j’ai écrit une dizaine de chansons. Je vais les enregistrer en Janvier pour faire un album hippie.

 

Un album hippie ? 

Oui, pour l’instant, on a 5 nouvelles chansons. Gaspard a pensé qu’on pourrait essayer de faire un album hippie pour changer un peu de registre, faire quelque chose de plus intime. Il sonnera moins “produit” que le dernier. On va se concentrer sur ma voix et ma guitare. J’espère que ça restera tout de même puissant. On va jouer ça avec les Normandy All Stars.

 

Tu joues également au New Morning les 14 et 15 mars, la veille de ton anniversaire. D’où vient ce lien spécial que tu as avec le New Morning ?

Tout d’abord, c’est vraiment tout prêt de chez moi. (rires) J’y joue depuis 20 ans et c’est peut-être le dernier vrai club jazz, rock, blues à Paris. Il y a très longtemps, j’y ai vu Chet Baker, Nick Lowe…

 

Dans ta propre discographie, quel est ton album préféré ? 

Comme album entier, peut-être Beauregard. Il y a un sentiment spécial sur cet album. C’étaient de vieilles chansons, une production à l’ancienne. Ou bien Just A Story From America… Je trouve qu’ “Anastasia était une bonne chanson. Ou encore 12… C’est le premier album que j’ai enregistré quand j’ai déménagé en France. Et aussi le dernier album, It Takes A Worried Man.

Parlons justement de la naissance de 12, ton premier album “parisien”.

12 était un concept-album car je voulais écrire et enregistrer les chansons au même endroit. Je venais juste d’emménager à Paris. J’habitais dans un loft sur le Faubourg Saint-Antoine. J’ai écrit les chansons là-bas et je les ai enregistrées là-bas. Et puis, Gaspard est né… Tout est arrivé en même temps !

Sur cet album, il n’y a pas d’overdub. On a enregistré sur un simple lecteur digital 2 pistes. C’était un album naturel, fait-maison. C’était mon douzième album, raison pour laquelle il s’appelle 12. J’avais écrit 15 chansons sur cette étape importante de ma vie, sur le fait d’aborder ce deuxième acte de vie. On l’a fait sur un CD simple mais à la base, c’était un double-vinyle. C’était vraiment un album personnel.

 

Et si tu devais choisir ton album préféré chez un autre artiste… ok, disons 3 albums…

Il y aurait forcément Blonde on Blonde de Bob Dylan. “I Want You”, “Visions of Johanna”, “Sad Eyed Lady of the Lowlands”, toutes ces ballades…

Ensuite, disons Exile On Main Street des Stones…

Album qui a aussi été enregistré en France ! (rires)

Il a été enregistré en France, c’est vrai ! (rires) Et enfin, j’adore le premier album de Bruce Springsteen, Greetings From Asbury Park. Je ne sais pas si c’est son meilleur album mais en tout cas, c’est à cette période que nous avons été présentés l’un à l’autre et que nous sommes devenus amis.

 

Bruce Springsteen & Elliott Murphy

Bruce Springsteen & Elliott Murphy

 

Bruce Springsteen semble faire partie de tes bons amis. Dans ton livre “Marty May”, tu parles justement des bonnes et des mauvaises fréquentations qu’on se fait quand on travaille dans l’industrie musicale. A l’instar d’Inger Peach ou de Tom Dunn qui accompagnent le héros de ton livre, as-tu fait de belles rencontres toi aussi ? 

Oui bien sûr ! Dans l’industrie musicale, il y a des tas de gens qui aiment la musique plus que le business. Mais comme dans cette industrie, le produit n’est pas un objet mais une personne, ça peut très vite devenir un univers très cruel. Parce que quand on rejette ce que tu offres, ton produit donc toi, ça devient très personnel. Dans la musique comme dans le cinéma d’ailleurs, on vend des CDs, des vinyles, des DVD et parfois certaines personnes te traitent vraiment comme un vulgaire produit, comme un vulgaire paquet de céréales. Quand tu es fini, tu es fini. Mais j’ai eu de la chance. Peter Siegel, l’homme qui m’a fait signer mon premier contrat et qui finalement, a produit mon premier album était super. Et ensuite, j’ai croisé des gens sympas chez Columbia. J’ai eu d’excellentes relations avec les labels indépendants comme Patrick Mathé de chez New Rose et Last Call.

Je suis rentré dans ce business à 23 ans, j’étais naïf et je me suis jeté dans la gueule du loup. Tu essayes en même temps de savoir qui tu es. Il y a des gens dans ce business qui sont capables de te voler tout ce que tu as et tout ce que tu es, si tu les laisses faire. Tu dois donc te protéger avec des avocats et des managers.

 

Quelle a été ta plus belle rencontre avec un autre artiste ?

Je me souviens une fois avoir fait l’ouverture d’un concert de Joan Baez à Vichy. Avant le concert, on a pris un café et on a discuté. Elle était adorable. Nous avons parlé de son fils qui est batteur et qui était en visite en Afrique.

J’ai aussi interviewé Tom Waits pour le magazine Rolling Stone, un jour où il y avait un énorme ouragan sur New York. Les rues étaient désertes, c’était vraiment étrange…

Une atmosphère à la Tom Waits…

Effectivement, c’était vraiment une atmosphère à la Tom Waits ! (rires)

 

Et Lou Reed ? 

Lou, c’est autre chose car nous étions très amis dans les années 70. Il a été d’une grande aide au début de ma carrière. Il écrivait et appelait les journaux et magazines pour dire du bien de moi. Il m’a fait rentrer chez RCA Records. Il devait même produire mon deuxième album mais il a dû partir en tournée. Mon dernier souvenir de Lou, c’était à Paris. On ne s’était pas vus depuis des années. On s’est croisés par hasard sur un pont au dessus de la Seine. Il m’a demandé des nouvelles après tout ce temps. Je lui ai parlé de ma vie à Paris, de mon fils Gaspard, de mes projets d’album et de mes concerts. Et il m’a dit : “Je vois que finalement, tout est rentré dans l’ordre !”. (rires)

 

T’es-tu déjà senti aussi seul et perdu que ton protagoniste Marty May ? 

J’ai déjà ressenti la même chose que Marty de nombreuses fois dans ma vie. C’est pour ça que je suis aussi à l’aise pour écrire sur le sujet. Malgré tout, Marty et moi, nous sommes très différents. Marty est un guitar-hero. Je me considère plutôt comme un auteur-compositeur. L’histoire de Marty May commence avec le blues. Il accompagne une vieille icône du blues qui joue quelque chose de pur, de vrai. Il se débat intérieurement car il veut faire carrière dans la musique et il sait qu’il doit abandonner cette pureté qu’il a toujours connu. Est-ce que Marty May pense comme moi ? Probablement, d’une certaine façon. Il y a beaucoup de similarités entre nous mais ce n’est pas moi. C’est à propos d’un monde que je connais mais ce n’est pas moi. Je devrai attendre ma biographie pour parler davantage de moi. (rires)

 

Marty May by Elliott Murphy

Marty May by Elliott Murphy

 

Bien que tu l’aies écrit il y a longtemps (en 1979), c’est un livre qui reste d’actualité ! En revanche, il faut transposer certains éléments comme par exemple, la New Wave que tu décris comme froide et électrique. Ce serait quoi la New Wave d’aujourd’hui ? 

La New Wave était le prémice d’une musique déshumanisée – bien qu’il y ait eu de super groupes comme les Talking Heads que j’adore – mais c’était un son un peu robotique et aujourd’hui, le son est aussi assez électronique. J’ai écrit ce livre lors d’une période très sombre de ma vie et de ma carrière : ma maison de disques Columbia venait de me lâcher, j’étais en plein divorce avec ma femme, tout mon argent partait dans les taxes, tout allait de travers…

L’écriture a été une sorte de thérapie. J’ai commencé par écrire une série de nouvelles, inspirées par une série de F. Scott Fitzgerald qui s’appelle “The Pat Hobby Stories”  et qui raconte la vie d’un scénariste en perte de vitesse dans le Hollywood des années 30. Jann Wenner, qui est le créateur et l’éditeur de Rolling Stone aux US cherchait des histoires à publier dans son journal et j’ai commencé à être publié comme ça. Puis, c’est paru également en France mais c’était compliqué d’en tirer de l’argent car il y avait trois parties et puis, c’était un peu court pour un bouquin. Il y a deux ans, je suis retombé sur cette version que j’avais tapée à la machine et je me suis empressé d’en faire une version numérique “au cas où” en la réorganisant un peu mais sans toucher le texte. Christophe Mercier, un ami à moi qui est traducteur pour Gallimard, s’y est intéressé et finalement, on l’a publié chez Gallimard.

 

Tu connais tous ces super-groupes : les Traveling Wildburys, le groupe SuperHeavy de Mick Jagger/Joss Stone et consorts… ?

Si tu devais toi aussi monter un supergroupe, quels artistes/musiciens choisirais-tu ? 

Hum, je vais reprendre ton idée de me faire chanter avec Rickie Lee Jones…

Ouahou, je suis en plein rêve ! 

Peut-être Nick Lowe à la basse, mon fils Gaspard à la guitare, Tom Waits au piano… Quoique je ne pense pas que Tom Waits et Rickie Lee Jones accepteraient de jouer ensemble…

Non effectivement, il risque d’y avoir quelques tensions ! (rires)

Oui (rires) alors disons que Keith Richards viendrait également mettre son grain de sel là-dedans… Pourquoi pas !?

On s’appellerait les “Still Crazy” (rires)

Ah oui, ça colle avec vos différentes personnalités ! (rires)

 

Tu travailles aussi beaucoup avec ton fils Gaspard. J’ai entendu dire que tu étais un peu son manager.

En fait, Gaspard a déjà une manageuse qui travaille également le groupe Superbus. Moi, j’agis plutôt comme un parrain.

Gaspard commence sa carrière avec Duplex. Est-ce que son attitude est la même que celle que tu avais quand tu as commencé ?

Non, Gaspard est beaucoup mieux préparé. Il a étudié la production studio à l’université. Il a un diplôme et il a aussi plus d’expérience. Il a déjà été sur la route avec Bruce Springsteen et il a fait pas mal de tournées. Il a déjà produit l’un de mes disques. Il vient en studio avec moi depuis qu’il a 12-13 ans.

De mon côté, quand j’ai commencé, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Gaspard est beaucoup moins naïf que moi. Et je le suis toujours, d’ailleurs !

Et comment tu te débrouilles avec Internet, Facebook, Twitter… ?

Plutôt pas mal, je pense ! Pour un artiste comme moi, Internet est un média fantastique. Si j’arrivais à réunir tous mes fans dans un seul endroit, je pourrais sans doute jouer à Bercy. (rires) Internet, c’est un lieu magique pour créer une communauté de fans qui viennent du monde entier.

Tu tweetes beaucoup ! (Suivez Elliott Murphy sur Twitter)

Oui, je tweete mais pas autant que je le devrais !

C’est là que j’ai découvert ta passion pour la tarte au abricot en forme de poisson de chez Stöhrer (rires).

 

Tu gères toi-même ta page Facebook ? 

Pas entièrement. Je ne gère pas mon site Internet, c’est quelqu’un d’autre qui s’en charge mais j’essaye de m’occuper de ma page fan.

 

Tarte_abricot_pour_elliott_murphy

Livraison : une tarte aux abricots pour Elliott Murphy

 

Aujourd’hui, tu as ton propre label perso. C’est à la suite de mauvaises rencontres dans le milieu (comme pour Marty May) que tu as eu envie de devenir indépendant ?

En 1979, j’avais fait 4 albums pour les majors. Je suis venu jouer en Europe et j’ai pu observer un système très différent. Ici, les gens avaient des contrats-albums dans plusieurs sociétés et dans plusieurs pays. Donc je me suis dit que je pouvais peut-être faire ma propre tambouille. Je l’ai vraiment fait par nécessité car je n’avais plus de contrat. Et maintenant, on m’appelle “le pionnier de la musique indépendante” car je fais ça depuis 30 ans. Mais j’ai simplement créé un moyen pour moi de diffuser ma musique. J’ai trouvé un moyen de créer des albums pour pas trop cher mais j’ai dû tout apprendre.

Tu sais tout ce qu’il faut savoir sur l’auto-production !

J’en sais trop… (rires)

En 1979, on était encore dans la période vinyles et je venais de sortir mon album hippie Affairs.

J’avais créé une entreprise avec mon frère mais lui travaillait également comme tour manager pour le groupe Talking Heads.

Un jour, un disquaire de New York m’appelle en me disant qu’il a besoin de plus d’albums. Je lui dis “Ok, on vous livre aujourd’hui”. Je prends alors un carton de vinyles et je les emmène moi-même jusqu’à cette boutique. Je rentre : “Bonjour, c’est vous qui avez commandé les vinyles d’Elliott Murphy ?”. Le gérant me regarde très étonné et me dit :”Et bien oui, mais vous êtes Elliott Murphy ! Vous délivrez les albums en personne ?” Je lui réponds que oui. Il me demande pourquoi. Ma réponse :”Parce que je veux un contrôle artistique TOTAL !” (rires)

 

Est-ce que tu penses que c’est mieux de débuter avec un label ou qu’il est préférable dès le début d’être indépendant ? 

C’est mieux de commencer avec un label parce qu’honnêtement, la renommée que j’ai acquise en travaillant avec Polydor, RCA et Columbia a rendu beaucoup plus facile mon tournant vers l’indépendance. Mon nom était connu partout.

Quand tu commences en indépendant, personne ne te connaît et c’est à toi de te lancer donc c’est plus difficile ! C’est ce que je souhaite à Gaspard. S’il a l’opportunité de commencer avec un label, c’est mieux pour la suite.

 

J’aimerais terminer avec des questions un peu plus “fun”, et notamment avec quelques questions sur Paris, ta ville d’adoption. 

Quel est ton lieu préféré à Paris ? 

Oh, il y en a tellement. J’adore la rue Montorgueil, ses pâtisseries Stöhrer (rires), son marché. Mais je crois que ce que je préfère à Paris, ce sont les ponts. J’adore traverser la Seine, quand le soleil se couche. C’est un moment magique pour contempler la ville. La Seine est vraiment un élément central ici, elle est en plein milieu de la ville, tout tourne autour du fleuve. C’est assez métaphorique cette rivière, ces ponts et la façon dont se rejoignent les deux rives.

Tu habites rive droite. Vas-tu souvent rive gauche ?

J’habite rive droite. Dans l’ancien temps, il me semble que les artistes vivaient rive gauche et aujourd’hui, j’ai de plus en plus l’impression que c’est l’inverse et qu’ils sont désormais sur la rive droite. Mais j’aime beaucoup aller rive gauche. De temps en temps, je vais au Café de Flore et je pense à Fitzgerald et Hemingway. Je ne sais pas pourquoi mais je suis dans mon élément à Paris. Mon français est loin d’être parfait… (il parle français) Je peux parler français. Je me défends…

Ah oui,  on aurait pu faire l’interview en français en fait !?

Non, pour les interviews… (il repasse en anglais) …je suis plus à l’aise en anglais. J’ai déménagé ici en 1989. Je ne savais pas si je pourrais rester. Je n’avais pas assez d’argent pour payer un mois de loyer. Je me suis achetée ma vieille Stratocaster en me disant qu’au pire, je pourrais la revendre en cas de coup dur. Et me voilà, 24 ans plus tard, j’ai toujours cette guitare, je ne l’ai toujours pas vendue. Je travaille avec mon fils de 24 ans. La mairie m’a remis la Médaille de la Ville de Paris. Plus qu’un honneur, pour moi, c’était vraiment symbolique car j’ai la sensation d’être arrivé ici en immigrant et au final…

On t’a adopté !

Tout à fait !

Finalement, je pense que tu es bien plus parisien que je ne le suis…

Il y a quelques mois, ma femme a convenu que finalement, j’étais devenu un VRAI parisien. Je lui ai demandé pourquoi elle disait ça. Elle m’a répondu : “Parce que tout ce que tu fais, c’est râler à propos de Paris comme le font tous les parisiens !” (rires)

 

Elliott_Murphy_Bertrand_Delanoe

Elliott Murphy & Bertrand Delanoe

 

Ton personnage Marty May a sa boutique fétiche, chez Manny’s dans laquelle il va toujours acheter ses instruments. Est-ce que toi aussi, tu as également un magasin fétiche ici, où on peut espérer te croiser ?

A New York, Manny’s n’existe plus. C’était un endroit génial. C’est là que mon père m’a acheté ma première guitare. Ils accrochaient des photos d’artistes sur le mur et j’avais ma photo là-haut, accrochée à côté de celle de Jimi Hendrix. C’était fort.

Où vais-je pour acheter mes instruments ? En général, je les achète sur Internet mais j’aime aussi jeter un œil dans les boutiques de Pigalle.

Ce qui est drôle, c’est que… à Paris, les magasins de musique sont à côté de Pigalle… à New York, les disquaires sont à côté de Times Square… à Hambourg, ils sont tout près du Reeperbahn… Les magasins de musique sont toujours à proximité des quartiers rouges où pullulent les prostituées et le sex-shops (rires). C’est cocasse. D’où vient ce lien ?

Dans beaucoup de villes, c’est comme ça. Aujourd’hui, à New York, Times Square a été entièrement nettoyé et c’est devenu très touristique. Mais à l’époque, c’était vraiment la zone !

 

J’ai une dernière question pour toi.

Te reste-t-il encore des choses dingues à accomplir sur ta wishlist 

Humm… (il réfléchit)

Oui tiens, j’ai toujours pensé que certaines de mes chansons feraient de bons films !

Un peu comme le film “The Indian Runner” de Sean Penn qui découle d’une chanson de Springsteen ?

Oui, quelque chose comme ça… Je verrais bien un film basé sur “Last of the Rock Stars”. J’ai toujours vu mes albums comme des livres et j’ai toujours pensé que des films pourraient naître de toutes ces chansons.  Je rêve de voir Marty May adapté au cinéma. Je ne pense pas qu’il y ait eu de vrais films sur le rock ‘n’ roll pour le moment. Les films sont toujours à propos de stars, de drogues, de limousines. Je pense que Marty May pourrait vraiment raconter l’envers du rock ‘n’ roll, apporter un autre éclairage…

Qu’est-ce que j’aimerais faire d’autre ? Jouer un peu de guitare avec Keith Richards…

Tu m’appelles ce jour-là ! (rires)

Bien sûr ! (rires)

D’une certaine façon, mes rêves sont devenus réalité. Partager la scène du Stade de France avec mon fils et Bruce Springsteen et chanter Born to Run, c’était magique… c’est difficile de faire mieux !

 

Merci Elliott pour cette belle conclusion ! 

Merci à toi !

 

Retrouvez le dernier album d’Elliott Murphy, It Takes A Worried Man sur la FNAC, Amazon et iTunes.

 

Pour ceux qui souhaitent se procurer son livre “Marty May” (que je recommande fortement), c’est ici : FNAC / Amazon

 

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